Chauffage au bois et pollutionProjets

Début 2019, nous avons été missionnés par la Direction interministérielle à la transformation publique (DITP) et la Direction régionale et interdépartementale à l’environnement et l’énergie (DRIEE) Île-de-France pour réaliser une expérimentation afin de réduire la pollution aux particules. Nous avons co-construit avec nos partenaires un dispositif et distribué des micro-capteurs de pollution à plus de 300 ménages volontaires. Les ménages qui ont reçu notre sélection d’informations sur les conséquences sanitaires des particules émises par le chauffage au bois et sur leur exposition aux particules dans leur logement ont réduit de 20 % le taux moyen de particule mesuré dans leur logement.

En bref

Contexte

Alors que la Commission européenne reproche à la France son manque d’action dans la lutte contre la pollution de l’air, la DRIEE Île-de-France cherche depuis plusieurs années comment réduire la part de la pollution aux particules due au chauffage au bois dans la région. Du fait de la densité et de la géographie de l’Île-de-France, ce mode de chauffage émet près d’un tiers des particules mesurées dans la grande région parisienne. Or, les utilisateurs du chauffage au bois ignorent le plus souvent leur contribution à la pollution, et les tentatives de restriction ont rencontré de vives résistances.

Diagnostic comportemental

Une revue de l’état des connaissances a démontré que les particules constituent un problème majeur de santé publique, et que le chauffage au bois contribue significativement tant à la pollution de l’air intérieur qu’à celle de l’air extérieur. Ce constat contraste avec les représentations courantes du chauffage au bois, présenté comme un mode de chauffage écologique. Cet ancrage d’une représentation du chauffage au bois comme propre est renforcé par le fait que la pollution générée est en large partie invisible (particules fines) ou non identifiée comme telle. Nous avons donc cherché à faire évoluer cette représentation vers une évaluation plus juste des effets négatifs du chauffage au bois. Une telle évolution nous a paru de nature à réduire le recours au chauffage au bois.

Dispositif expérimental

Une difficulté majeure du projet résidait dans la mesure des comportements. Aucun réseau de mesure de la pollution actuellement en place ne peut mettre en évidence la contribution d’un foyer individuel. Nous avons donc sélectionné un micro-capteur de pollution adapté à notre projet, que nous avons distribué à plus 300 ménages volontaires. Nous avons ensuite réparti les ménages en trois groupes :

  1. Un groupe témoin, chez qui nous avons simplement relevé des mesures de concentration en particules
  2. Un groupe information seule, qui a reçu de manière quasi-hebdomadaire une campagne d’information sur les conséquences sanitaires de la pollution aux particules, la contribution du chauffage au bois et les moyens de réduire cette pollution chez soi
  3. Un groupe information personnalisée, qui en plus de la campagne d’information recevait un relevé des mesures réalisées chez eux ainsi qu’une évaluation de leur rang en termes d’exposition.

L’ensemble de l’expérience a été conduite entre octobre 2019 et mars 2020

Résultats

À la fin de l’expérience, l’exposition aux particules mesurée chez les ménages du groupe information personnalisée était de 20 % inférieure à celle mesurée dans les ménages du groupe témoin. Cet écart est visible dans nous relevés dès la troisième semaine de l’expérimentation, indiquant un changement rapide des comportements.

Le niveau d’exposition du groupe information seule est similaire à celui du groupe témoin. En revanche, les ménages de ce groupe expriment significativement plus que le groupe témoin l’intention de réduire leur utilisation du chauffage au bois lors de l’hiver 2020-2021.

Pour aller plus loin

Vous pouvez télécharger ci-dessous le Rapport de diagnostic, qui comprend la revue de littérature, notre diagnostic comportemental et la proposition de dispositif, et le Rapport final, qui décrit la conduite de l’expérimentation et ses résultats.

Nos clients

La DRIEE Île-de-France était représentée dans ce projet par Baptiste Lorenzi, qui en parle au micro de la DITP.

À la DITP, le projet a été suivi par Laurianne Vagharchakian.

Notre équipe

Le projet a été dirigé par Coralie Chevallier (INSERM, École normale supérieure) et Élise Huillery (Université Paris-Dauphine). Rita Abdel Sater (École normale supérieure et Mairie de Paris) a largement contribué à la réalisation, avec l’assistance d’Aurore Grandin, Jeanne Bollée et Juliette Bénon. Mathieu Perona (CEPREMAP) a assuré la coordination.

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